guère


guère

guère [ gɛr ] adv.
XIIe; gueres, guaires 1080; frq. °waigaro « beaucoup »
IVx Beaucoup, très. « Si nature ne prête un peu, il est malaisé que l'art et l'industrie aillent guiere [guère] avant » (Montaigne). IIMod. NE... GUÈRE : pas beaucoup, pas très. ⇒ médiocrement, peu (cf. Pas autrement, pas trop).
1Devant un adj. Vous n'êtes guère raisonnable. Ce n'est guère difficile.
2Devant un adv. Vous ne l'avez guère bien reçu.
3Devant un compar. La plus vieille « n'a guère plus de soixante ans » (Gautier). Il ne va guère mieux.
4Avec un v. Cela ne se dit guère. Je n'aime guère ce quartier. Il n'approuvait guère ces méthodes. Cette robe ne lui va guère. On n'y voit guère. « Il ne va guère, usé qu'il est » (Aymé).
(Durée) Pas longtemps. La paix ne dura guère. Tu ne tarderas guère. (Fréquence) Pas souvent, presque jamais. rarement. Vous ne venez guère nous voir.
5 ♦ NE... GUÈRE DE, devant un nom qu'il détermine. « Il n'est guère de passion sans lutte » (Camus). Je n'ai guère de courage.
6Avec ne... plus Un vieux médecin qui n'exerce plus guère. Mot qui n'est plus guère employé.
7Avec ne... que Presque, seulement, si ce n'est. Il n'y a guère que vous qui puissiez faire ce travail. Il n'y a guère que deux heures qu'elle est partie.
8Avec sans... Sans beaucoup. Nous mangeons « sans guère parler » (Colette).
IIIEllipt GUÈRE, sans négation. Pas beaucoup. « vous exagérez un peu [...] — Guère, Hamond ! » (Colette). Il « mange cette chair [...] guère moins vivante que la sienne » (Romains). ⊗ CONTR. Beaucoup, très. ⊗ HOM. Guerre.

guère adverbe (francique waigaro, beaucoup) Sans négation, dans les réponses : Vous aimez les artichauts ? Guère.guère (difficultés) adverbe (francique waigaro, beaucoup) Orthographe Guère, sans s final. L'orthographe guères, autrefois admise en poésie, se rencontre dans les textes anciens. Construction Ne... guère, ne… plus guère. Guère s'emploie avec ne et avec ne plus : on ne le voit guère, en ce moment ; je n'en ai plus guère ; elle n'a guère plus de vingt ans. Guère peut également être employé de manière autonome dans les tournures où le verbe est sous-entendu, notamment dans une réponse à une question : « En avez-vous encore ? - Guère ». J'en ai encore, mais guère. Emploi Guère est en général ressenti comme un peu vieilli et s'emploie surtout de nos jours dans le registre soutenu. ● guère (expressions) adverbe (francique waigaro, beaucoup) Ne… guère, ne plus… guère, indique une quantité minime ou une fréquence faible ; peu, pas très, pas beaucoup, pas souvent : Il n'aime guère cette peinture. Ces couleurs ne sont plus guère à la mode. Ne… guère que, presque uniquement : Il ne me reste guère que cinquante euros pour finir le mois. Ne… guère de, indique une faible quantité : Je n'ai guère de loisirs.guère (homonymes) adverbe (francique waigaro, beaucoup) guerre nom féminin

guère
adv.
d1./d Ne... guère: peu, pas beaucoup. Il n'a guère d'argent. Je n'ai guère dormi.
d2./d Ne... plus guère: presque plus. Je ne le vois plus guère ces temps-ci.
d3./d Ne... guère que: presque. Il n'y a guère que toi à le savoir.

⇒GUÈRE, adv.
[Guère indique une grande quantité ou le haut degré d'une qualité; ne s'emploie qu'en tournure négative]
I. — [Avec un élém. de polarité négative; guère est placé après le 1er verbe de la prop.; si le verbe est à l'inf., guère en général le précède]
A. — Ne... guère
Rem. En fr. standard, l'élém. négatif pas n'apparaît jamais. Dans l'usage parlé de certaines régions de France, la négation complète est possible (avec le même sens). Sa marâtre ne l'aimait pas guère! (A. GEAUDROLET, Amours paysannes, Paris, Stock, 1980, p. 243).
1. [Guère modifie le syntagme verbal] Synon. ne... pas beaucoup, peu.
a) [Le verbe est construit avec un syntagme prép.] Si Madame aime le jardinage, elle pourra... — Ma femme ne s'en occupe guère, dit Charles (FLAUB., Mme Bovary, t. 1, 1857, p. 94). Cela vous étonne de m'entendre parler ainsi, moi qui ne crois guère à rien. Et pourtant j'ai vu un miracle! Je l'ai vu, dis-je, vu de mes propres yeux vu (MAUPASS., Contes et nouv., t. 1, Conte de Noël, 1882, p. 82) :
1. ... je jouais avec Juliette et avec lui; avec Alissa je causais; elle ne se mêlait guère à nos jeux; si loin que je replonge dans le passé, je la vois sérieuse, doucement souriante et recueillie.
GIDE, Porte étr., 1909, p. 502.
b) [Le verbe est construit avec un syntagme nominal] Les raisons d'espérances que je ne nourrissais guère, mais que je cherchais à grossir (CHATEAUBR., Mém., t. 4, 1848, p. 54). La densité de la population dans l'Iowa ne dépasse guère encore 16 habitants par kilomètre carré (VIDAL DE LA BL., Princ. géogr. hum., 1921, p. 257). Rateau haussait les épaules : « Tu es trop bête. Ils ne t'aiment guère. — Ils m'aiment un peu maintenant, répondait Jonas (...) » (CAMUS, Exil et roy., 1957, p. 1645) :
2. La ville n'est guère, dans les premiers temps, un lieu d'habitation; elle est le sanctuaire (...), la forteresse (...), le centre de l'association, la résidence du roi et des prêtres, le lieu où se rend la justice; mais les hommes n'y vivent pas.
FUSTEL DE COUL., Cité antique, 1864, p. 296.
[Le syntagme nominal forme une loc. verb. avec le verbe] Je n'avais guère l'habitude de boire (ABELLIO, Pacifiques, 1946, p. 43).
[Le syntagme nominal est quantifié par un adv. en position de prédéterminant] Cette brochure (...) n'aura guère plus de cent pages et (...) me donne une peine infinie (BLOY, Journal, 1892, p. 42).
Vx, rare. Ne... guère rien. Ne... pas grand chose. Esprit délicat, mais assez peu productif malgré sa facilité, il n'entreprend guère rien si on ne le sollicite (SAINTE-BEUVE, Port-Royal, t. 5, 1859, p. 388). Je n'ai guère rien fait qui vaille (GIDE, Journal, 1914, p. 423).
[Avec le syntagme figé trop rien] C'est sans doute plutôt un homosexuel qui s'ignore, répondis-je, comme si je n'en savais guère trop rien moi-même (GIDE, Journal, 1915, p. 521).
c) [Le verbe est suivi d'une infinitive ou d'une complétive] Eh parbleu! dit Rodolphe (...), voilà des hérétiques qui ne songent guère que nous sommes dans le Carême (MURGER, Scènes vie boh., 1851, p. 53). On ne la voit guère [la rêverie] commencer et cependant elle commence toujours de la même manière (BACHELARD, Poét. espace, 1957, p. 168) :
3. Il n'aurait guère conçu qu'un si brave parti n'agréât pas à la petite. Un monsieur, et pourvu de biens, ayant ce qu'il fallait de religion, jeune au bout du compte, intrépide et la jambe belle!
POURRAT, Gaspard, 1925, p. 57.
d) [Le verbe n'est pas suivi d'un compl.]
[Le verbe est intrans.] Je ne pleure jamais, je ne ris guère, je ne fais pas de bruit (SARTRE, Mots, 1964, p. 18) :
4. Pierre n'avait guère dormi, cette nuit-là. Pourtant il se sentait à l'aise dans toute cette fraîcheur éparse sur les eaux et sur la terre.
MOSELLY, Terres lorr., 1907, p. 145.
[Le verbe est trans. en emploi abs.] J'y venais souvent, en montant la première pente des montagnes, solitaire et bordée de fleurs. J'y venais avec un livre, et pourtant je n'y lisais guère (MICHELET, Insecte, 1857, p. 22). Quand ils entrèrent dans la maison, (...) on n'y voyait guère, les volets étaient poussés et ce qui restait de jour ne rentrait que par la porte (TRIOLET, Prem. accroc, 1945, p. 392).
En partic.
[Le verbe se construit habituellement avec un adv. de quantité dont guère tient la place] Synon. ne... pas beaucoup. Ça ne compte guère. Que ne lui ai-je promis! Les promesses alors ne me coûtaient guère! (MAURIAC, Mal Aimés, 1945, I, 3, p. 170).
Vx. Ce n'est guère. Ce n'est pas grand chose. — Et combien reçoit-on d'appointements? — Mille francs, Monsieur. — Ce n'est guère (DUMAS, Monte-Cristo, t. 2, 1846, p. 37).
[Le verbe se construit habituellement avec un adv. de temps dont guère tient la place] Synon. ne... pas longtemps, ne... pas souvent. Si la compagnie me plaisait (chose qui n'arrivait guère) je venais moi-même la chercher dans un petit bateau (CHATEAUBR., Mém., t. 4, 1848, p. 300). La vieille reine (...) fut tellement accablée par cette dernière et suprême douleur, que sans doute elle n'y survivra guère (LOTI, Mariage, 1882, p. 287).
Rare. [Le verbe se construit habituellement avec un adv. de manière dont guère tient la place] Synon. ne... pas bien, ne... pas fort. Il ne va guère, usé qu'il est. À croire qu'il n'en a plus pour deux dimanches (AYMÉ, Jument, 1933, p. 52). Seulement, l'ouvrage n'allait guère, en ce pays perdu. Gomar et sa mère étaient venus en France parce qu'on y gagnait mieux sa vie (VAN DER MEERSCH, Empreinte dieu, 1936, p. 35).
Loc. Il s'en faut de guère, il s'en est guère fallu. Il s'en faut de peu, il s'en est fallu de peu. (Dict. XIXe et XXe s.).
2. [Dans un syntagme verbal attributif, guère modifie l'adj. qu'il précède] Synon. ne... pas très. Ce n'est guère possible. Ce pauvre ami vient de perdre sa belle-mère. Toute la maison est noire. Cependant j'ai tâché d'égayer ces dames, moi qui ne suis guère gai (HUGO, Corresp., 1825, p. 409). Les cochers ne quittent pas leur siège où ils ne sont guère accessibles (BALZAC, Splend. et mis., 1844, p. 215). J'ai malheureusement trop de rhumatismes; il ne m'est guère aisé de me déplacer (DRUON, Gdes fam., t. 2, 1948, p. 149) :
5. Pourquoi voulait-il qu'elle abandonnât son homme? Chaval n'était guère gentil, bien sûr; même il la battait, des fois. Mais c'était son homme, celui qui l'avait eue le premier...
ZOLA, Germinal, 1885, p. 1420.
[L'adj. est modifié par plus, moins, trop] Les jeunes ne sont guère plus tendres pour les peintres révolutionnaires que beaucoup de Béotiens (LHOTE, Peint. d'abord, 1942, p. 164) :
6. ... dans ces premières controverses (...), il se comparait à un homme qui, se promenant sans dessein dans un petit bateau sur le bord de la mer, aurait été porté par une tempête en haute mer et obligé de faire le tour du monde : « Cette comparaison, disait-il, n'est guère trop forte,... etc. »
SAINTE-BEUVE, Port-Royal, t. 4, 1859, p. 317.
[L'adj. est pronominalisé] Synon. pas beaucoup. Et voilà pourquoi l'on voit des corps parfaitement disciplinés composés d'individus qui ne le sont guère (BONALD, Essai analyt., 1800, p. 200). Vous êtes fort. Mais moi, je ne le suis guère (ROLLAND, J.-Chr., Maison, 1909, p. 930).
3. [Dans le syntagme verbal, guère précède et modifie un adv. ou une loc. adv.] Synon. ne... pas beaucoup.
a) [L'adv. est un adv. de quantité ou de temps] Il avait toujours peur d'aller jusqu'au fond des questions, et n'insista guère plus (ROY, Bonheur occas., 1945, p. 214). Un nez morveux que j'ai mouché il n'y a guère longtemps (GRACQ, Syrtes, 1951, p. 186). Dans la mesure où la synthèse implique une conciliation définitive et satisfaisante, elle ne vaut guère mieux que le total (JANKÉL., Je-ne-sais-quoi, 1957, p. 63) :
7. Je n'aime pas plus que l'on soit intolérant contre la religion qu'en sa faveur. Je n'approuve guère plus ses adversaires déclarés, que ses zélateurs fanatiques.
SENANCOUR, Obermann, t. 2, 1840, p. 23.
b) [L'adv. est modifié par un adv. de quantité] Encore, ces sombres rôdeurs de la nuit (...) ne montent-ils guère aussi haut, dans les régions presque vierges où nous étions couchés... (LOTI, Mariage, 1882, p. 149).
c) [Autres adv.] Plus rare. Ce pauvre Jacques, malgré ses neuf ans sonnés, ne poussait guère vite (ZOLA, Œuvre, 1886, p. 259). La peur lui rendit ses jambes et l'on croit qu'il ne fila guère moins bon train que son bedeau (POURRAT, Gaspard, 1922, p. 73).
4. [Guère se trouve en position de prédéterminant dans un syntagme nominal] Synon. ne... pas beaucoup de, peu de. Ce soir vous serez encore bien plus fatiguée, et vous n'avez guère de temps à rester dans votre patrie (BALZAC, Annette, t. 1, 1824, p. 92). Il n'est guère d'hommes de qui j'ai plus reçu que du peintre Jacques-Émile Blanche (MAURIAC, Journal occup., 1944, p. 344) :
8. Je n'avais pas d'idées subversives; en fait, je n'avais guère d'idées, sur rien; mais toute la journée je m'entraînais à réfléchir...
BEAUVOIR, Mém. j. fille, 1958, p. 178.
Rem. Guère peut être séparé du groupe nominal partitif par un part. passé et se trouver en position d'adverbe. Il n'a guère mangé de pain.
Rem. gén. Les constructions dans lesquelles entre guère en français standard sont moins nombreuses que celles où sont possibles d'autres adv. de même type beaucoup, peu, trop, etc. : en partic., on ne le rencontre pas en position de prédéterminant dans un syntagme nominal sujet à gauche du verbe. Il existe cependant certaines constructions, à l'état de survivances en fr. standard mais qui demeurent cour. employées dans certains parlers régionaux, montrant que l'emploi de guère devait coïncider beaucoup plus parfaitement avec celui de ces autres adv. : a) [En fonction de nominal] Synon. peu. Guère s'en manque. Il y avait 150 000 francs (...) — le voleur n'en prit que 3 500 — il a été modeste! et guère ici n'aurait eu le « courage » d'en faire autant (DUSSORT, Lettres, 1930, dép. par G. Esnault, 1953, p. 3). [En corrélation avec en]. Ce qui le frappe dans l'humanité, ce sont les vastes formes de la vie collective (...). Il n'en est guère auquel il ne se soit intéressé (BOURGET, Nouv. Essais psychol., 1885, p. 93). b) [À l'intérieur d'un syntagme prép.]. Elle espéroit sans doute retrouver avec eux cette paix de l'ame et cette innocence de pensée dont ils étoient le symbole. Mais, hélas! l'habit ne sert de guère à l'état intérieur (COTTIN, Mathilde, t. 1, 1805, p. 283). Je ne suis de guère d'années plus vieux que toi (CLAUDEL, Tête d'or, 2e version, 1901, 1re part., p. 179).
B. — Ne ... plus guère. Synon. ne ... plus beaucoup. Alors, ils vécurent comme des prisonniers, ne s'aventurant plus guère en dehors de leur demeure (MAUPASS., Contes et nouv., t. 2, Auberge, 1886, p. 1077). Je n'ai jamais trouvé la princesse si débineuse des gens avec lesquels elle vit tous les jours, n'attendant même plus guère maintenant qu'ils aient passé la porte pour les éreinter (GONCOURT, Journal, 1893, p. 454) :
9. Maman ne sortait plus guère, elle recevait peu, elle s'occupait énormément de ma sœur et de moi...
BEAUVOIR, Mém. j. fille, 1958, p. 33.
Rem. Dans A et B supra, guère a le même effet argumentatif que beaucoup, très, employés dans le champ de la négation ne... pas ou ne... plus. Selon le cont., l'énoncé contenant guère peut être interprété comme une litote.
C. — Ne ... guère que
1. [L'élém. focalisé est quantifié] Synon. ne... pas plus que, à peine. Nous n'étions guère qu'aux deux tiers de la montagne (DUSAULX, Voy. Barège, t. 1, 1796, p. 225). De Ver à Dammartin, il n'y a guère qu'une heure et demie de marche (NERVAL, Filles feu, Angélique, 1854, p. 584). Elle [la clarté du ciel] tombait chichement du haut d'une lucarne étroite, et comme nous étions en hiver, je n'en jouissais guère que sept heures sur vingt-quatre (AMBRIÈRE, Gdes vac., 1946, p. 350) :
10. En joignant ses propres rentes aux leurs, elle ne disposait guère que de quatre cents francs, et la maison était lourde, il lui fallait faire des miracles d'économie, pour sauver l'argent de ses aumônes.
ZOLA, Joie de vivre, 1884, p. 1017.
2. Synon. seulement. De toutes les violences exercées à la fin du règne de Louis XIV, on ne se souvient guère que des dragonnades, (...) des lettres de cachets (...). C'est bien assez : mais on oublie l'inquisition secrète, et quelquefois déclarée, que la bigoterie de Louis XIV exerça contre ceux qui faisaient gras les jours maigres (CHAMFORT, Caract. et anecd., 1794, p. 133). J'avais eu soin d'acheter une dizaine de pains; car le pain ne se trouve guère que dans les villes (ABOUT, Grèce, 1854, p. 22). Grange interrogeait Anne-Marie. Au vrai, elle n'avait guère qu'entrevu ce bourgeois (POURRAT, Gaspard, 1922, p. 44) :
11. Le suicide n'apparaît guère qu'avec la civilisation. Du moins, le seul qu'on observe dans les sociétés inférieures à l'état chronique présente des caractères très particuliers qui en font un type spécial dont la valeur symptomatique n'est pas la même. C'est un acte non de désespoir, mais d'abnégation.
DURKHEIM, Divis. trav., 1893, p. 226.
Rem. L'emploi de guère renforce le mouvement argumentatif impliqué par la restriction ne... que. Dans le cas (1) supra, il a pour effet de doubler le jugement de petite quantité posé par la restriction, par une appréciation (gén. dépréciative) se référant à une quantité idéale ou espérée. Dans le cas (2) supra, il implique une restriction moins forte que ne... que employé seul : il permet au locuteur de prendre en compte d'autres cas que celui auquel il se limite dans l'énoncé de la prop. contenant ne... que (ce qui permet, gén., de dire ou de laisser entendre que ces autres cas sont ou seront négligés dans la suite du discours).
D. — Sans guère. Synon. sans beaucoup. Resté seul à la maison. J'ai promené, lu, écrit sans avoir guère de distraction du dehors (MAINE DE BIRAN, Journal, 1816, p. 210). Nous mangeons comme autant de petits loups, sans guère parler (COLETTE, Cl. école, 1900, p. 213).
E. — Rare. Ne ... ni guère. Je ne passe ni un seul jour ni guère une heure dans la même journée sans souffrir (MAINE DE BIRAN, Journal, 1816, p. 108).
Rem. La langue parlée tend à supprimer ne dans l'expr. de la négation : guère est, alors, synon. de peu (de), pas beaucoup. C'était plus une vie ce que vous faisiez là-bas à Aubignane. C'était plus guère tenable. On n'était plus que cinq (GIONO, Regain, 1930, p. 15). Y a guère plus lamentable que la Garenne-Rancy, trouvais-je, quand on n'a pas de clients (CÉLINE, Voyage, 1932, p. 300).
II. — [Dans un cont. ell.; sans élém. de polarité négative]
A. — [Dans une réponse avec ell. du syntagme verbal] — Monsieur le Comte, je ne reçois pas (...) — Du moins aurai-je l'honneur, Madame, de vous rencontrer cet hiver dans le monde? — Guère plus, Monsieur, je ne sors pas, je vis à l'écart (CHAMPFL., Bourgeois Molinch., 1855, p. 36). Tu connais l'opium? —Guère. — Alors, je peux mal t'expliquer (MALRAUX, Cond. hum., 1933, p. 289).
B. — [Dans la seconde de deux phrases coordonnées ou juxtaposées, avec ell. de constituants identiques]
1. [La 1re prop. est négative] L'acceptation du silence (pas même la conscience de cette acceptation). On ne peut la demander au littérateur. Et guère au philosophe (BENDA, Fr. byz., 1945, p. 87). Comme il n'y a pas de laine, pas de coton et guère de cuir, beaucoup s'habillent de vêtements élimés et vont sur des semelles de bois (DE GAULLE, Mém. guerre, 1959, p. 91).
2. [La 1re prop. est positive; la seconde est comprise comme négative] Elles sont plus agréables à voir mais guère plus faciles à comprendre, du moins pour moi, que les nôtres (TOCQUEVILLE, Corresp. [avec Reeve], 1852, p. 138). Étrange de penser que c'est précisément à ce livre que Conrad dut son premier vrai succès. Guère à la louange du public! (GIDE, Journal, 1943, p. 216).
C. — [Précédant un adj., p. ell. d'un pron. relatif et du verbe être à la forme négative] Un homme louche... Un notaire guères catholique, que ce M. Rodeau (MIRBEAU, Journal femme ch., 1900, p. 68). Un craquement partit de la base, guère plus fort que le pétillement dans le feu d'un bois sec (CHÂTEAUBRIANT, Lourdines, 1911, p. 16).
D. — [Dans un syntagme prép. introd. par avec] Synon. avec peu de. C'est juste à ce moment-là qu'il arrive à Aubignane, avec guère de sous et une femme qui allait faire le petit (GIONO, Regain, 1930, p. 18).
Prononc. et Orth. : []. Att. ds Ac. dep. 1694. Homon. guerre. La graph. guères est vieillie (supra II C MIRBEAU, Journal femme ch., 1900, p. 68) et réservée à la poésie. Étymol. et Hist. 1. a) Ca 1100 ne... guaires (+ adv.) « pas très » (Roland, éd. J. Bédier, 1897); ca 1100 ne... gueres (+ adj.). « id. » (ibid., 3822); b) 1165-70 ne... guere (+ verbe) « pas beaucoup » (CHR. DE TROYES, Erec et Enide, éd. M. Roques, 825); ca 1170 ne... guaires de (+ subst.) « id. » (M. DE FRANCE, Lais, éd. J. Rychner, Prologue, 31); 2. ca 1100 ne... guares (+ verbe) « pas longtemps » (Roland, éd. J. Bédier, 2108); 3. ca 1500 ne... guères que « à peine que » (P. DE COMMYNES, Mémoires, éd. J. Calmette, t. 3, p. 189); 4. 1667 ne... guère plus (RACINE, Andromaque, I, 4). De l'a. b. frq. waigaro « beaucoup »; cf. a. h. all. (ne)... uueigiro « pas très, peu, pas du tout »; m. h. all. unweiger « pas très ». L'a. fr. connaît encore un gaire « beaucoup » (1188 ds T.-L.). Fréq. abs. littér. : 9 194. Fréq. rel. littér. : XIXe s. : a) 10 300, b) 12 352; XXe s. : a) 14 793, b) 14 796. Bbg. BASTIN (J.). Glanures gramm. Namur, 1893, pp. 140-145. - GAATONE (D.). Ét. descriptive du syst. de la négation en fr. contemp. Genève, 1971. - VIKNER (C.). Les Auxil. négatifs. R. rom. 1978, t. 13, pp. 88-109.

guère ou (vx ou poét.) guères [gɛʀ] adv.
ÉTYM. 1080, guaires; d'un francique waigaro « beaucoup ».
———
I (Attesté XIIe). Vx. Beaucoup, très.REM. L'emploi de guère sans négation, déjà rare au XVIe s., est complètement sorti de l'usage, dès le XVIIe s., sauf dans un cas d'ellipse unique (→ ci-dessous, III.).
1 À la vérité, en toutes choses, si nature ne prête un peu, il est malaisé que l'art et l'industrie aillent guiere avant.
Montaigne, Essais, I, XX.
———
II (1080). Mod. (mais légèrement marqué : régional, style soutenu…). || Ne… guère : pas beaucoup, pas très. Médiocrement, peu; → Pas autrement, pas trop.
REM. 1. « L'adverbe guère et la négation ne ont contracté une alliance si invétérée, si étroite que, depuis le XVIIe s., aucun supplément négatif (tel que pas, point) ne s'immisce dans leur union (…) Guère doit à son association fréquente avec ne de paraître négatif (pas beaucoup), alors qu'en réalité c'est un adverbe positif (en grande quantité) » G. et R. Le Bidois, la Syntaxe du français moderne.
2. Ne… guère a un sens restrictif ou limitatif qui en fait (comme de « pas beaucoup, pas très ») l'expression atténuée de « peu ».
2 Peu est précis, guère vague. Peu convient quand il est question de choses rigoureusement appréciables sous le rapport du nombre, de la quantité, du degré; guère dans tous les autres cas (…) Peu est absolu, guère relatif. Il y a peu d'hommes discrets; il n'y a guère d'hommes discrets qui sachent se taire jusqu'à la mort.
Lafaye, Dict. des synonymes, Peu, guère.
3 Le premier travail (dans la maxime) est la généralisation. Toujours ou jamais est le langage de la maxime : point ou peu, le moins possible, de souvent, de parfois, de presque ou de guère. Point de je ou tel, ou quelques-uns; mais nous, l'homme, on, tout le monde.
Gustave Lanson, l'Art de la prose, p. 134.
1 Ne… guère devant un adjectif. || Vous n'êtes guère raisonnable. || Il ne fait guère chaud. || Les ardeurs (cit. 23) de jeunesse ne sont guère durables. || Cet ouvrage n'est guère avancé (cit. 70). || Il n'est guère naturel de… (inf.), que… (→ Bourgeois, cit. 5). || Événements qui ne sont guère soumis au calcul (→ Calculer, cit. 4). || Ces jeunes chefs ne sont guère aptes à commander (cit. 37).
4 Ah ! je l'aime bien, cette grande bête, mais il n'est guère raisonnable, vrai ! (…) Est-ce qu'il n'est pas jaloux !
Zola, la Terre, V, III.
5 C'est au sein de pareils villages qu'il fallait chercher des vieillards durables, plutôt des vieillardes car — selon le mot désabusé d'une de celles-ci, — « ce n'est guère solide, un homme ».
Colette, Belles saisons, p. 240.
6 Ce qu'il faut, dit Gertrude, c'est d'abord en parler à Madeleine, et la mettre avec nous à fond. Ça ne sera guère difficile (…)
M. Genevoix, Rroû, I, IX.
2 Ne… guère devant un adverbe. || Vous ne l'avez guère bien reçu.
7 (…) je ne vais guère loin chercher dans mon cœur pour y trouver de la douceur pour vous (…)
Mme de Sévigné, Lettres, 102, 16 avr. 1670.
3 Ne… guère devant un comparatif (d'adjectif ou d'adverbe). || Vous n'êtes guère plus avancé (cit. 72) qu'avant. || Ce défaut n'est guère moins excusable (cit. 1) qu'un autre.Ce petit mur n'a guère plus d'un mètre de haut (→ Épaulement, cit. 1). || Il ne va guère mieux qu'hier.
8 Cependant la véritable mère de famille, loin d'être une femme du monde, n'est guère moins recluse dans sa maison que la religieuse dans son cloître.
Rousseau, Émile, V.
9 Pendant longtemps le roi n'aura guère plus d'importance qu'un duc ou un comte ordinaire.
Michelet, Hist. de France, III, H. Capet.
10 Il est juste de dire que la plus vieille de nos jeunes premières n'a guère plus de soixante ans (…)
Th. Gautier, Mlle de Maupin, Préface, p. 37.
11 Mais je ne veux pas vous cacher que cela me fera beaucoup de peine et que je n'en ai guère plus d'envie que de me noyer.
G. Sand, la Mare au diable, III.
12 (…) les jambes ne vont plus, les bras ne sont guère meilleurs (…)
Zola, la Terre, I, II.
4 Ne… guère avec un verbe. || On ne s'attendait (cit. 103) guère à la voir. || Cela ne se dit guère (→ Assaisonnement, cit. 5). || Personne, besogne qui ne plaît guère (→ Aussi, cit. 63; escamotage, cit. 3). || Nous ne savons guère ce qu'est au juste la beauté (cit. 1). || Ce n'est guère votre fait (cit. 13), de votre ressort, dans vos habitudes. || Je n'aime guère ce quartier. || Cette robe ne lui va guère (→ aussi Accorder, cit. 28; affliger, cit. 14; assurer, cit. 80; attention, cit. 22; changement, cit. 7; chemin, cit. 31; épargner, cit. 29 et 31; estimer, cit. 18; exporter, cit. 2).
13 Au moins, dites-leur bien que je ne les crains guère (…)
Racine, les Plaideurs, II, 3.
14 (…) quand on a le plaisir de se perdre dans l'immensité, on ne se soucie guère de ce qui se passe dans les rues de Paris.
Voltaire, Lettre à Mme du Deffand, 2807, 19 févr. 1766.
15 Chanter des Te Deum auxquels tu ne crois guère (…)
Baudelaire, les Fleurs du mal, Spleen et idéal, VIII.
(Durée). Pas longtemps. || La paix ne dura guère (Académie). || Tu ne tarderas guère (→ Aider, cit. 1).Vx. || Il n'y a guère que… : il n'y a pas longtemps que.
16 Amitiés, comme on sait, qui ne dureront guère, la carrière du critique-né ne pouvant s'accorder longtemps avec les amitiés particulières, toutes vouées à de plus ou moins fatales ruptures.
Émile Henriot, les Romantiques, p. 234.
(Fréquence). Pas souvent, presque jamais. Rarement. || Il ne vient guère nous voir. || On ne voit guère de chef-d'œuvre d'esprit (cit. 50) qui soit l'œuvre de plusieurs. || Je ne passe guère devant les boîtes des bouquinistes sans en tirer quelque bouquin. → aussi Ambition, cit. 4; attaquer, cit. 23; dépasser, cit. 7.
17 Et vêtu d'une robe, hélas ! qu'on nomme bière,
Robe d'hiver, robe d'été,
Que les morts ne dépouillent guère.
La Fontaine, Fables, VII, 11.
REM. 1. Ne… guère est employé absolument dans des tournures vieillies ou familières, pour désigner des choses (→ Dire, cit. 64). Je n'y vois guère, je n'entends guère. → Grand-chose (pas).
18 (…) en ses affaires
Il se trouve assez neuf et ne voit encor guères (…)
Molière, l'Étourdi, II, 2.
2. L'usage de guère, précédé d'une préposition, encore très vivant au XVIIe s., a complètement disparu de nos jours.
19 (…) Par ma foi, l'âge ne sert de guère (…)
Molière, l'École des maris, III, 5.
Loc. Vx. Il ne s'en faut de guère. — ☑ Littér. Il ne s'en faut guère : il s'en faut de peu, il ne manque pas grand-chose. || Il ne s'en est guère fallu (Académie).
5 Ne… guère devant un nom qu'il détermine. || Il n'y a guère de gens qui… (→ Âge, cit. 7; aigre, cit. 13). || Je n'ai guère de courage (cit. 5). || Il ne boit guère de vin (→ aussi Avis, cit. 1; embêter, cit. 3; épithète, cit. 3; étoile, cit. 18).
REM. « L'unité linguistique formée par ne… guère et son complément ne peut être ni sujet ni objet secondaire. Le français n'admet pas une phrase comme : Guère de gens ne sont sincères. Et l'on n'écrirait plus, comme le faisait Pascal : “Il ne servira plus à guère de gens” (Prov. 4). Mais si l'on peut dire : Il n'est guère venu de touristes, ou (mais moins bien) : Il n'est venu guère de touristes, c'est qu'en réalité le sujet dans ce tour, c'est le pronom il; guère de touristes n'est là que le complément de il, son “explicitation” » (G. et R. Le Bidois, Syntaxe du franç. moderne, p. 604).
20 Il n'y avait guères de jours qu'il ne bombardât ainsi quelqu'un.
Saint-Simon, Mémoires, II, XLIV.
21 Il n'est guère de passion sans lutte.
Camus, le Mythe de Sisyphe, p. 101.
6 (XVIIe). Construit avec ne… plus. || Un vieux médecin qui n'exerce (cit. 38) plus guère. || Ce mot n'est plus guère employé (→ Cavée, cit. 1).
7 Construit avec ne… que, au sens de « presque, seulement, si ce n'est ». || Il n'y a guère que vous qui puissiez faire ce travail. || Il n'y a guère que deux heures qu'elle est partie. || L'Empire romain des deux premiers siècles n'était guère autre chose qu'un État fédératif (→ Autonome, cit. 1). || On ne marche guère qu'en babouches (cit. 2) dans ce pays. || Les hommes ne se cachent (cit. 56) guère que pour mal agir (→ aussi Approcher, cit. 63; démonter, cit. 8; éventuel, cit. 3; exception, cit. 13; facile, cit. 13; faveur, cit. 31).
22 Être infatué de soi, et s'être fortement persuadé qu'on a beaucoup d'esprit, est un accident qui n'arrive guère qu'à celui qui n'en a point, ou qui en a peu.
La Bruyère, les Caractères, V, 11.
23 Vous ne cherchez que des vérités utiles, et vous n'avez guère trouvé, dites-vous, que d'inutiles erreurs.
Voltaire, Essai sur les mœurs, Introd.
———
III (Employé sans négation, au sens de « pas beaucoup », dans des tournures fortement elliptiques plus ou moins familières). || « Je vais vous verser du vin. — Guère, je vous prie » (Littré). || Aimez-vous cela ? — Guère (je ne l'aime guère). || Il doit avoir une trentaine d'années, guère plus. || Le voici de retour, guère plus riche qu'avant.
24 Oh ! tout de même (…) vous exagérez un peu (…) Guère, Hamond ! Ne protestez pas !
Colette, la Vagabonde, p. 95.
25 Haverkamp est amoureux de cette parfaite viande rouge (…) Le dessus grillé à grand feu, et qui enveloppe la pulpe comme la croûte d'un gâteau. Haverkamp mange cette chair, guère plus chaude, guère moins vivante que la sienne.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. IV, VI, p. 44.
CONTR. Beaucoup, très.
COMP. Naguère.
HOM. Guerre.

Encyclopédie Universelle. 2012.

Regardez d'autres dictionnaires:

  • guère — ou guères (ghê r . On n écrit guères qu en vers, suivant le besoin de la rime ou de la mesure) 1°   Adv. signifiant beaucoup, mais qui n est de nos jours employé qu avec la négation ; combinaison qui a le sens de peu. •   Je ne puis m empêcher de …   Dictionnaire de la Langue Française d'Émile Littré

  • Guere — (Wee) Gesprochen in Elfenbeinküste (Dix Huit Montagnes, Moyen Cavally) Sprecher 317.000 (1998–1999) Linguistische Klassifikation Niger Kongo Atlantik–Kongo Kru Westliches Kru …   Deutsch Wikipedia

  • guere — Guere, ou Gueres, et Guieres, penac. Est adverbe lequel veut tousjours estre precedé d une particule negative, et se rend en Latin diversemement, comme, Il n est gueres riches, Non admodum diues. Il n est gueres que une heure, Vix vna hora est.… …   Thresor de la langue françoyse

  • guere — GUERE, [gu]eres. adv. Pas beaucoup, peu. Il n y a guere de gents tout à fait desinteressez. il n y a gueres de bonne foy dans le monde. il n a guere d argent. il n a plus guere à vivre. il n y a guere que cela est arrivé. c est un homme qui n a… …   Dictionnaire de l'Académie française

  • guère — naguère …   Dictionnaire des rimes

  • guére — guère naguère …   Dictionnaire des rimes

  • guere — s. m. [Ornitologia] Ave trepadora …   Dicionário da Língua Portuguesa

  • GUÈRE — ou GUÈRES Adverbe (On n écrit Guères que dans les vers, lorsqu il est nécessaire à la rime ou à la mesure.) qui s emploie toujours avec la négative, et qui signifie, Pas beaucoup, peu. Il n y a guère de gens tout à fait désintéressés. Il n y a… …   Dictionnaire de l'Academie Francaise, 7eme edition (1835)

  • GUÈRE — adv. Il ne s’emploie qu’avec la particule NE pour signifier Pas beaucoup. Il n’a guère d’argent. Il n’a guère de voix. Il n’a guère dormi. Elle n’a guère moins de trente ans. Il n’est guère sage. Ce vin n’est guère bon. Vous ne venez guère nous… …   Dictionnaire de l'Academie Francaise, 8eme edition (1935)

  • Guere — Guérés Les Guérés désignent un groupe ethnique de la Côte d Ivoire, vivant dans la région ouest du pays, près du Libéria. Il est installé dans les départements de Bangolo, Duékoué, Guiglo et Toulepleu et vit en Eburnie depuis plus de sept siècles …   Wikipédia en Français


Share the article and excerpts

Direct link
Do a right-click on the link above
and select “Copy Link”

We are using cookies for the best presentation of our site. Continuing to use this site, you agree with this.